À Séoul, il existe un musée gratuit où l’on peut remonter plus d’un siècle d’histoire du cinéma coréen en quelques salles : le Korean Film Museum. Installé dans le quartier de Mapo, au sein du Korean Film Archive, ce musée invite à découvrir comment les premières images animées ont progressivement donné naissance au cinéma coréen moderne, devenu aujourd’hui un phénomène culturel mondial.
Un musée interactif où vous pourrez actionner un vieux projecteur de l’époque des frères Lumière, consulter les rushes à la loupe, écouter la musique d’une BO sur un tourne-disque virtuel, coloriser votre film muet préféré, voir les costumes portés par les acteurs de Parasite, le tout accueilli par un petit robot tout mignon.
Même si le musée recommande de réserver en ligne, nous y sommes allés sans réservation et il n’y avait pas grand monde sur place (nous étions en février 2026). Un musée confidentiel, à l’écart des grands spots touristiques de Séoul.
En parlant de petit robot tout mignon, il nous a fait une frayeur. Il vous accueillera à votre arrivée. Mais, comme nous, ne paniquez pas lorsqu’il se mettra à vous suivre jusque dans la salle suivante ! Il cherchait simplement à rejoindre sa borne de recharge, située juste devant nous. Il s’adressait bien entendu en coréen. Nous avons eu l’impression d’être dans une série SF à la Cassandra.
Une plongée dans l’histoire du cinéma et du pays
L’exposition permanente, intitulée « Korean Film: Seeing » (한국영화를 보다 ), propose un parcours chronologique qui permet de comprendre comment le cinéma est arrivé en Corée avant de devenir l’une des industries culturelles les plus reconnues au monde.

Les débuts
La visite commence avec les débuts du 7e Art dans le monde grâce aux oeuvres des frères Lumière en France, de Thomas Edison aux États-Unis et de la prolifique Alice Guy en France.
Alice Guy, une pionnière à découvrir
Alice Guy-Blaché est considérée comme la première femme réalisatrice de l’histoire du cinéma.
Elle réalise dès 1896 La Fée aux Choux et expérimente de nombreuses innovations techniques.
Malgré une œuvre considérable, son rôle a longtemps été oublié en raison de la disparition des archives et des préjugés sexistes de son époque.
Le nombre exact de films qu’elle a réalisés reste aujourd’hui incertain, les estimations variant de 100 à près de 1 000 œuvres.
On traverse ensuite les grandes périodes de l’histoire du pays : la colonisation japonaise, la Libération, la guerre de Corée, la reconstruction et les profondes transformations de la société coréenne au cours du XXe siècle.
Le reflet d’une société en mutation
Le musée ne présente donc pas seulement des films comme des œuvres artistiques. Il les considère également comme des documents historiques capables de conserver la mémoire d’une société. Elles témoignent des bouleversements politiques et sociaux qu’a connus le pays, mais aussi de l’évolution des goûts, de la notion d’identité nationale, de l’influence américaine, et des modes de vie.

Années 90 : un vent de changement
Après plusieurs décennies marquées par la censure, la société coréenne s’ouvre à la démocratie. Les années 1990 constituent alors un véritable tournant pour le cinéma coréen. Le développement de la VHS, l’arrivée des chaînes câblées, la construction de multiplexes et l’émergence des blockbusters transforment l’industrie cinématographique. Parallèlement, de grandes entreprises commencent à investir massivement dans le secteur, contribuant à sa modernisation et à sa professionnalisation.
Ces évolutions posent les bases du renouveau du cinéma coréen et favorisent son rayonnement ainsi que sa reconnaissance croissante sur la scène internationale.

Des films devenus incontournables
L’un des espaces les plus intéressants selon moi, qui suis une grande fan des films coréens, est consacré à une sélection de 100 films coréens emblématiques (« One Hundred Korean Films »). Des classiques aux œuvres plus contemporaines, cette sélection permet de mesurer la richesse et la diversité de l’identité cinématographique coréenne si particulière.
Le moment de bonheur ultime fut d’arriver à la partie consacrée aux costumes et aux objets utilisés dans The Host, Parasite, Joint Security Area, Exhuma, …. Se dire que Song Kang-ho, Bae Doo-na, Kim Go-eun ou encore le légendaire Choi Min-sik ont porté ces vêtements !





Le saviez-vous ?
Le site officiel du Korean Film Archive permet de prolonger la visite en ligne et d’explorer les collections, les expositions et les ressources consacrées à l’histoire du cinéma coréen. Sa rubrique 100 Korean Films permet également de regarder gratuitement une sélection de films.
Processus créatif et métiers de l’ombre
Le musée accorde également une place importante au processus de création d’une oeuvre. Comme une enfant dans un magasin de jouets, je découvrais les notes de réalisation, les rushes, les objets personnels ainsi que les trophées provenant de festivals.
Cette approche rappelle qu’un film est toujours le résultat d’un travail collectif. Réalisateurs, acteurs, scénaristes, chefs opérateurs, monteurs, preneurs de son et techniciens contribuent chacun, à leur manière, à donner vie à une œuvre.



Le visiteur devient acteur
Le Korean Film Museum cherche aussi à faire du visiteur un participant. Loin d’être un simple musée où l’on déambule entre des vitrines, le Korean Film Museum propose plusieurs dispositifs interactifs et audiovisuels. On peut regarder des extraits de films, manipuler d’anciens équipements de tournage ou encore comprendre les différentes étapes de fabrication d’un film d’animation.
C’est aussi ce qui rend la visite intéressante même pour les personnes qui ne connaissent pas particulièrement le cinéma coréen : l’exposition permet d’en découvrir les grandes étapes sans être trop académique.



Coloriser son film muet
A la fin de la visite, une salle vous attend afin que vous puissiez coloriser un célèbre film muet de votre choix. Une fois la colorisation terminée, la création est projetée sur un écran.
Pourquoi visiter le Korean Film Museum ?
Pour moi, le Korean Film Museum est une excellente surprise à Séoul. Sa taille relativement modeste permet une visite agréable, sans l’impression d’être noyé sous les informations. Les nombreuses installations interactives apportent également un côté ludique qui rend le musée accessible même lorsque l’on n’est pas passionné de cinéma.
Et si, comme moi, vous aimez le cinéma coréen, la présence de costumes, d’objets et d’accessoires provenant de films emblématiques rend évidemment la visite encore plus réjouissante.
Info pratique: adresse, prix, accès
Korean Film Museum
📍 400 WorldCupbuk-ro, Mapo-gu, Séoul
🕐 Du mardi au samedi, 10h30–19h
🎟️ Entrée gratuite et réservation recommandée
Categories: Cinéma, Itinéraires, Seoul






