Lorsque je suis arrivée en Corée du Sud en 2012, la chirurgie esthétique faisait déjà partie du paysage. Les publicités recouvraient les stations de métro et beaucoup de jeunes considéraient une opération comme un investissement pour leur avenir professionnel ou sentimental. Quatorze ans plus tard, le phénomène s’est amplifié. Le marché a explosé, porté par la K-Beauty, le tourisme médical et les progrès de la médecine esthétique. Comment expliquer un tel succès ?
Un marché en plein essor
La chirurgie esthétique est-elle devenue un acte banal en Corée du Sud ? Il n’est pas exceptionnel que certaines adolescentes reçoivent une opération des paupières comme cadeau après les examens d’entrée à l’université ou à l’occasion d’une réussite scolaire. Le coût des interventions est également plus accessible que dans d’autres pays. Bon nombre de touristes asiatiques et occidentaux viennent en Corée dans ce but.
Gangnam, capitale des cliniques esthétiques
Et si vous vous promenez à Gangnam, ne vous étonnez pas de croiser des personnes faisant leur shopping avec un bandage sur le visage.
À lui seul, le quartier de Gangnam concentre plusieurs centaines de cliniques spécialisées. Certaines rues sont entièrement dédiées à la chirurgie esthétique.

Une industrie qui vaut des milliards
Les interventions esthétiques représentent un marché très juteux pour l’économie de la Corée du Sud. Le pays figure parmi les pays comptant le plus grand nombre d’interventions par habitant. Les chiffres donnent le tournis. Selon l’article South Korea Plastic Surgery Market Size, Share and Outlook – Growth Analysis Report and Forecast Trends (2026-2035), le secteur représenterait 1,92 milliard de dollars américains (USD) en 2025. Un chiffre qui devrait augmenter de 13% au cours des 10 prochaines années.
Il va sans dire que le poids de ce marché sur l’économie coréenne est impressionnant. Une situation qui a évolué fortement au cours des 30 dernières années. En comparaison, seuls 5 % des femmes coréennes avaient fait appel à la chirurgie plastique en 1994.
Quant aux hommes, ils sont en net augmentation et représenteraient dans certaines cliniques près de 30% de la clientèle.

Comment expliquer une telle croissance ?
Influence de la Hallyu
Les canons de beauté coréens (K-beauty) sont véhiculés par les réseaux sociaux, la K-pop et les K-dramas. Ces derniers sont les ambassadeurs du secteur et ont permis de normaliser l’acte esthétique tout en attirant les étrangers. Selon une étude de Mordor Intelligence , 56,6 % des patients étrangers en Corée recherchent des traitements esthétiques.
Pression sociale
Cette croissance peut également s’expliquer par l’importance de l’apparence en Corée. Il ne faut pas oublier que la plupart des employeurs exigent une photo sur le CV. La première étape de sélection se fait dès lors sur base du physique du candidat. Concurrence au travail. Concurrence à l’école et à l’université. Etre considérée comme belle permet à la personne de s’assurer une potentielle brillante carrière. C’est ainsi que pour beaucoup de jeunes Coréens, l’apparence est parfois perçue comme une compétence supplémentaire venant compléter le diplôme, les langues étrangères ou les expériences professionnelles.

Avancées technologiques et prix attractifs
Grâce à la démocratisation des prix des soins, coller aux critères de beauté devient possible. Outre le coût ultra-compétitif, il y a l’avancée des technologies. Les interventions deviennent moins lourdes. Nombreuses sont les alternatives au bistouri. Les traitements au laser et les injections séduisent une clientèle qui ne souhaite pas forcément passer par une opération chirurgicale. Ensuite, l’accessibilité aux plateformes numériques et les solutions de financement ont permis d’accélérer le processus.

Quelles sont les interventions les plus courantes ?
Les interventions les plus populaires restent :
- La blépharoplastie : chirurgie de la double paupière pour agrandir le regard.
- La rhinoplastie : affiner ou rehausser le nez.
- Les injections de Botox et d’acide hyaluronique : très populaires car peu invasives.
- L’aegyo-sal : mise en valeur du petit bourrelet sous l’œil donnant un air plus jeune.
- Smile Lift (ou « Smile Lip Corner Lift ») : une petite découpe aux commissures des lèvres pour un sourire éternel.
Nous verrons dans un autre article que derrière cette industrie florissante se cachent toutefois des réalités plus complexes : pression sociale, manque d’estime de soi ou encore problème de santé.

Insolite
Située dans le quartier huppé de Cheongdam-dong, cette clinique vétérinaire de luxe est pionnière en Corée du Sud. Elle est spécialisée en dermatologie et traite les problèmes de peau et les allergies chez les chiens et les chats à l’aide de traitements au laser.
Vers un changement de mentalité ?
Si les standards de beauté restent très présents en Corée du Sud, ils sont aujourd’hui davantage débattus qu’il y a une dizaine d’années. Les nouvelles générations questionnent de plus en plus la pression esthétique, tandis que certains mouvements prônent une vision plus libre de la beauté.

Cette remise en question s’accompagne de hashtags comme #EscapeTheCorset qui dénonce ces standards esthétiques. Ce mouvement incite à rejeter le maquillage obligatoire, à porter des vêtements confortables, et à revendiquer une beauté naturelle, loin des diktats imposés comme ce fut le cas avec le style Ulzzang. Un phénomène que l’on traitera spécialement dans un autre article.
La chirurgie esthétique demeure très populaire, mais elle n’est plus perçue de manière aussi unanime qu’auparavant. La jeune génération commence à revendiquer une définition plus personnelle de la beauté.
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