Un téléphone qui ne reconnaît plus l’empreinte de son propriétaire. Des mots de passe refusés. Un compte bancaire vidé. Puis un appartement qui, du jour au lendemain, ne lui appartient plus. En quelques heures, Moon-jae, célèbre romancier agoraphobe, voit son identité lui échapper. Son nom, son argent, son logement : tout disparaît, tandis que son chargé d’affaires s’évapore avec le pactole. Derrière tout cela, un mystérieux individu qui se fait appeler » Le Rat « . Il affirme que la chute de Moon-jae a été soigneusement orchestrée.
Traqué, ruiné et en pleine crise de panique, Moon-jae n’a d’autre choix que de sortir de chez lui… en pantoufles, et de faire appel à Noja, un détective spécialisé dans la traque des mauvais payeurs. Un homme peu recommandable… et surtout celui à qui Moon-jae doit de l’argent.
Autant dire que les retrouvailles s’annoncent follement amicales.
Bienvenue dans Mousetrap (Comme un rat, pour le titre français), le nouveau thriller coréen de Netflix, aussi retors qu’addictif, adapté du webtoon Field Mouse de Ludovico.
Un rat peut en cacher un autre
Un ancien conte populaire coréen raconte qu’un rat qui mange les morceaux d’ongles coupés d’une personne peut prendre son apparence et devenir cette personne. Une petite histoire qui, quand on la replace dans le contexte de Mousetrap, prend soudain tout son sens. Car ici aussi, la question est : qui est qui ? Et qui est la copie de l’original ?

En dix épisodes, réalisés par Kim Hong-sun (Dear Hongrang, Money Heist: Korea – Joint Economic Area), la série nous entraîne dans un labyrinthe cérébral où les identités se mélangent, et où chaque réponse amène une nouvelle question.


Et franchement, cela faisait longtemps que je n’avais pas regardé une série aussi addictive depuis Karma, (bien que pour moi, Karma est bien supérieur à Mousetrap) rehaussée par une réalisation inventive et un jeu d’acteurs incroyable !
Ces derniers temps, j’ai été assez déçue par plusieurs séries qui s’annonçaient prometteuses, mais qui finissaient par s’essouffler en quelques épisodes, voire s’éternisaient sur plusieurs saisons. Je pense notamment à Sur la gâchette (The Trigger), My Husband, Squid game, Épouse mon mari, etc.
Avec Mousetrap, on est loin de la déception. Que du contraire : plus on avance dans l’intrigue, plus on est accro.

Une valse à trois acteurs
Pour donner vie à ce drôle de jeu des identités, Mousetrap peut compter sur un trio d’acteurs particulièrement convaincant.
Ryu Jun-yeol (Revelations, The 8 Show, Believer, A Taxi Driver, Alienoid) est au centre de cet engrenage. Il incarne Moon-jae, l’écrivain en pleine crise d’identité, mais également son propre sosie. Un double rôle particulièrement exigeant, puisque la frontière entre les deux personnages devient rapidement assez floue. Ryu Jun-yeol est, à mes yeux, l’un des acteurs les plus talentueux du moment. Malgré un physique très reconnaissable, il possède cette capacité rare d’être un véritable caméléon selon ses rôles.
Face à lui, Lee Kyoo-hyung (Prison Playbook, Hi Bye, Mama!) campe Sun-yong, le policier chargé de remonter la piste de Moon-jae. Une présence qui apporte une nouvelle pièce à un puzzle déjà particulièrement difficile à reconstituer. Lui aussi possède sa part d’ombre et des histoires familiales enfouies.
Enfin, Sul Kyung-gu (Good News, un film exceptionnel dont je ferai bientôt un article ) prête ses traits à Noja, personnage aussi inquiétant qu’imprévisible. Détective et chasseur de mauvais payeurs, notamment liés aux dettes de jeu, il n’est clairement pas le genre d’homme que l’on rêve d’avoir comme ennemi. Sul Kyung-gu apporte au personnage cette part d’ambiguïté qui contribue à en flouter les contours.



Héritier visuel de Old Boy
Mousetrap, c’est aussi un digne héritier de Old Boy (2003). La série reprend certains des codes visuels chers à Park Chan-wook : mouvements de caméra, photographie travaillée, contrastes entre les teintes jaune-orangé et vert-bleu, ou encore transitions entre les scènes. Autant de choix qui rappellent par moments l’esthétique du film culte.
Mais la référence ne se limite pas à une simple ressemblance visuelle. Les plans, les angles, les mouvements de caméra et la composition de l’image sont pensés pour accompagner la narration et nous faire ressentir l’enfermement, la confusion ou, au contraire, cette approche progressive de la vérité. Une mise en scène qui, comme dans Old Boy, ne se contente pas d’illustrer l’histoire : elle participe pleinement à la raconter.
La lumière, véritable fil narratif
La lumière froide et artificielle est très présente dans les lieux fermés : couloirs, bureaux, appartements, espaces industriels… Elle donne à ces endroits une impression de prison, d’isolement et de malaise. De véritables « trous à rats ». Et cela fonctionne particulièrement bien avec Moon-jae. Son appartement est censé être son refuge. Mais visuellement, il ressemble à une cellule. D’ailleurs, le tapis de course de Moon-jae ne rappelle-t-il pas ces hamsters dans leur cage, qui actionnent leur roue sans but ?
La lumière naturelle accompagne également la progression de l’histoire. Au fur et à mesure que les protagonistes se rapprochent de la vérité et du dénouement, la teinte de l’image semble progressivement s’éclaircir. Comme si la lumière elle-même nous indiquait que quelque chose était en train de se révéler.
Noja et Moon-jae sont Dae-su
Même le personnage de Noja ressemble physiquement à Dae-su : même coiffure hirsute, même âge, même costume fané, même manière de se battre et surtout, même attitude désabusée d’un homme au bord du gouffre qui n’a plus grand-chose à perdre.
Et forcément, lorsqu’il se met à se battre, la comparaison devient encore plus évidente. La scène mythique d’Old Boy, où Dae-su affronte à lui seul une bande de voyous dans un long couloir, trouve ici son équivalent dans une serre.
Mais le parallèle avec Dae-su concerne aussi Moon-jae. Dans Old Boy, Dae-su passe quinze longues années enfermé avant de retrouver sa liberté. Dans Mousetrap, Moon-jae connaît une forme de réclusion différente : trois ans cloîtré dans son appartement. Tout comme dans le film de Park Chan-wook, le protagoniste de la série Netflix ne connaît du monde extérieur que ce qu’il voit à travers son écran de télévision. Puis il est brutalement contraint de sortir. Et là, le monde réel lui tombe dessus.
Les lieux de tournage
De Séoul à Incheon, Mousetrap privilégie les décors urbains, industriels et nocturnes, parfaitement raccord avec son atmosphère sombre. Les quartiers d’affaires sont notamment immortalisés par les gratte-ciels de Yeouido et de Gangnam.
Quelques détours par Jeju apportent une autre ambiance, mais loin des paysages de carte postale : côtes rocheuses, paysages volcaniques et terminaux portuaires. On est très loin des K-dramas romantiques pour futurs jeunes mariés.
Verdict
Mousetrap fait partie de ces thrillers qu’il vaut mieux découvrir avec le moins d’informations possible.
La série démarre fort, très fort même, et surtout, elle ne semble pas avoir envie de vous laisser respirer. Chaque épisode ajoute une pièce au puzzle avant de venir gentiment en retirer deux. Impossible d’aller chercher son paquet de chips entre deux scènes, vous rateriez quelque chose.
Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est que le mystère ne repose pas uniquement sur le scénario. La réalisation participe elle aussi au jeu : cadrages, couleurs, mouvements de caméra et lumière deviennent de véritables éléments de narration. Le choix des acteurs est également un sans-faute. Ils donnent aussi toute sa dimension à l’histoire à travers leur langage corporel.
Et si les références à Old Boy sont parfois évidentes, Mousetrap ne donne pas pour autant l’impression d’être une simple copie. La série reprend certains codes du thriller coréen pour construire son propre labyrinthe.
Je ne dirai pas que le scénario est un sans-faute, mais la série a ce quelque chose qui la rend particulièrement addictive et dont il est difficile de décrocher. Une belle réussite.









Fiche technique :
Titre original : Deuljwi (들쥐)
Titre : Comme un rat, Mousetrap
Réalisation : Kim Hong-seon-I (김홍선)
Scénario : Lee Jae-gon (이재곤)
Casting : Ryu Jun-yeol, Sul Kyung-gu
Genre : Thriller, policier, drame
Pays : Corée du Sud
Année : 2026
Nombre d’épisodes : 10
Durée : 50 à 55 minutes
Adaptation : Adaptée du webtoon Field Mouse de Ludovico
Lieux de tournage : Séoul, Ile de Jeju
Plateforme : Netflix
Categories: Séries






