Bogota, film coréenCinéma

Bienvenue à … Bogota

L’histoire de la communauté coréenne

Gook-hee débarque à Bogota avec sa famille. Mais nous sommes en 1997. La Colombie est loin d’être le pays le plus accueillant du monde. Fuyant la crise financière qui frappe la Corée, sa famille se fait rapidement dépouiller de leurs économies dès leur arrivée. Adieu le rêve d’Eldorado.

A 19 ans, le jeune homme n’a guère le choix: la Colombie lui est étrangère, tout comme sa propre communauté à Bogota. Pour survivre, il se retrouve impliqué dans des activités de contrebande. Son intelligence et son audace attirent rapidement l’attention du Sergent Park, caïd et maître du marché noir au sein de la communauté coréenne locale. Il deviendra à la fois un mentor et une menace. En montant les échelons, Gook-hee découvre les dangers qui l’entourent, mais aussi les choix moraux qu’il devra faire. On assiste alors à son ascension et à l’escalade de violence qui s’ensuit.

Une fiction avant tout

Après la mort de Pablo Escobar en 1993, les organisations criminelles continuent de sévir en Colombie. La disparition du célèbre narcotrafiquant n’a évidemment pas fait disparaître les cartels, ni la corruption et la violence qui gangrènent encore le pays.

Bogota de Kim Seong-je n’est pas un film-documentaire sur cette période trouble et violente. C’est avant tout un divertissement rythmé, au scénario prévisible, sur un thème assez peu connu. Là où le film se démarque, c’est dans sa réalisation particulièrement réussie. Une ambiance sombre, des personnages ambigus et une esthétique qui rappellent les grands films de voyous des années 70.

Song Joong-ki (Descendants of the Sun, le très mauvais Je m’appelle Loh Kiwan et Vincenzo, abandonné après la première demi-heure) et Lee Hee-joon (Badland Hunters, Karma, Mouse, A Killer Paradox) portent le film. Ce dernier s’est clairement inspiré du look de Brad Pitt dans Once Upon a Time… in Hollywood.

Vous n’avez pas reconnu Lee Hee-joon ? C’est normal. Cet acteur est un vrai caméléon. Sa transformation physique d’un rôle à l’autre est assez impressionnante. Exemples:

Crédits photos : droits réservés à leurs auteurs respectifs.

Guerre de Corée

Les liens entre la Colombie et la Corée remontent à la guerre de Corée (1950-1953), à laquelle la Colombie a participé aux côtés des forces des Nations unies. La Colombie, tout comme la Belgique, a soutenu militairement la Corée du Sud pendant ce conflit. Elle fut d’ailleurs le seul pays d’Amérique latine à y envoyer un bataillon terrestre. Un épisode historique qui explique en partie les liens particuliers qui unissent aujourd’hui les deux pays.

La communauté coréenne en Colombie est toutefois restée relativement modeste, notamment en comparaison avec celles établies aux États-Unis. Il faut dire qu’à l’époque, dans l’ombre de Pablo Escobar et des cartels, la Colombie était l’un des pays les plus dangereux au monde. Et si le film met en scène un milieu criminel au sein de cette communauté, rappelons qu’il s’agit avant tout d’une intrigue de fiction, et non d’un portrait de la diaspora coréenne dans son ensemble. Car derrière les histoires de mafia et de contrebande, il y a aussi des parcours migratoires, des familles et des échanges entre deux pays dont l’histoire commune est finalement assez peu connue du grand public.

Crédit : @leparfumdesmandarines.com

L’Hallyu comme nouveau lien

Aujourd’hui, le visage des relations entre la Colombie et la Corée du Sud a bien changé. Dans le cadre de la Ola Coreana, traduction espagnole de la Hallyu (vague coréenne), les relations entre les deux pays se sont progressivement diversifiées. Au lien historique marqué par la guerre se sont ajoutés les échanges économiques et culturels. C’est sur cette lancée que l’accord de libre-échange a été signé en 2013. Et depuis la pandémie, l’engouement pour la culture coréenne s’est encore renforcé, notamment avec l’explosion de l’utilisation des plateformes numériques.

Sans être un documentaire, Bogota : City of the Lost a le mérite de nous faire découvrir un pan méconnu de l’histoire migratoire coréenne. De la guerre de Corée à la Hallyu, il y a tout de même un sacré chemin parcouru ! Encore un bel exemple de la manière dont la culture peut rapprocher deux pays.

Qui a dit que la culture ne servait à rien ?

Crédit : @leparfumdesmandarines.com

Fiche technique

Titre original : 보고타: 마지막 기회의 땅

Titre : Bogotá: City of the Lost

Réalisation : Kim Seong-je

Scénario : Hwang Seong-gu et Kim Seong-je

Casting : Song Joong-ki, Lee Hee-joon, Kwon Hae-hyo, Park Ji-hwan, Cho Hyun-chul, Kim Jong-soo

Genre : Drame, crime, thriller

Pays : Corée du Sud

Année : 2024

Durée : 106 minutes

Musique : Jung Hyun-soo

Lieux de tournage : Bogotá, Colombie, notamment le secteur de La Candelaria et le marché de San Andresito. Une partie du tournage a été reprise en Corée après l'interruption liée au COVID-19.

Festival : Première mondiale au 29e Festival international du film de Busan (BIFF) en 2024,section Korean Cinema Today – Special Premiere

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