La tendance Ulzzang en Corée du Sud. Les premiers ambassadeurs de la k-beautyHistoire & Société

Ulzzangs : premiers ambassadeurs de la beauté coréenne

En 2012, lors de mon premier voyage, la folie esthétique était aux Ulzzangs (얼짱), les icônes de la beauté coréenne. Retour sur un phénomène unisexe qui a marqué les années 2000 et dont l’influence se fait encore sentir aujourd’hui.

Début des années 2000 : les communautés Internet

Tout a commencé sur le Net. Les ulzzangs, terme traduit par « beau visage » ou « joli visage », étaient des jeunes, garçons ou filles, devenus populaires grâce à leur apparence et aux photos qu’ils partageaient en ligne. Dans les grandes lignes, la beauté ulzzang met l’accent sur une peau de porcelaine, sans imperfection et de grands yeux de poupée. Mais être un(e) ulzzang passe également par un code vestimentaire cool et soigné rehaussé par un maquillage en apparence sobre et naturel.

Une tendance qui ne s’est pas limitée à la Corée du Sud. D’autres pays asiatiques ont adapté le modèle: Vietnam, Indonésie, Malaisie, Philippines, Singapour, Chine, etc. Puis en Occident, les communautés fans de culture asiatique ont pris le relais. Une mode internationale qui a décollé avec les débuts de l’Hallyu, de la k-pop et des k-drama.

Le style ulzzang. Crédit photo: Popsop.com

Années 2010 : l’obsession

Visage fin, grands yeux et peau claire
Ulzzang (얼짱): visage fin, grands yeux et teint de porcelaine

Ashley Perez a été enseignante en Corée du Sud. Elle racontait en 2014 à Theantdaily comment elle avait vu des jeunes filles être encouragées à atteindre des normes de beauté élevées dès leur plus jeune âge: « Je me suis retrouvée assise à côté d’une élève en pleurs, que j’ai essayé de réconforter après que tous les garçons de sa classe l’avaient surnommée “la maire de l’Afrique” parce que sa peau était légèrement plus foncée que celle des autres […] J’ai également vu des lycéennes recevoir des prospectus sur la chirurgie esthétique à la sortie de l’école« .

Perez a également expliqué qu’elle avait essayé d’enseigner à ses élèves l’importance de la beauté intérieure. Un sujet qui laissait assez perplexe ses élèves.

De Cyworld à star de k-pop

Le concept d’Ulzzang a pris une telle ampleur que des concours se sont organisés sur des forums. Les gagnants pouvaient ensuite tirer parti de leur popularité pour obtenir des contrats avec des marques.

À l’époque, Cyworld était le réseau préféré des jeunes en Corée. Lancé en 1999, il a été précurseur en la matière, bien avant Facebook ou Instagram. Il possédait une rubrique consacrée aux ulzzangs, qui a contribué à faire émerger de nombreuses célébrités du milieu de la k-pop ou des séries.

Jung Yong-hwa (membre de CNBLUE) a révélé qu’il avait été repéré sur Cyworld. Quant à Kang Min-kyung, du groupe Davichi, elle s’est fait connaître grâce à ce réseau avant de faire ses débuts dans l’industrie de la musique.

Parmi les autres célébrités connues pour avoir été des ulzzangs de Cyworld figurent Park Bo-gum (The Black Label), Nam Sang-mi, Ku Hye-sun, Park Han-byul et Do Hoe-ji.

Qu’en reste-t-il aujourd’hui?

Le mouvement des ulzzangs n’a pas disparu mais s’est dilué. Au départ, le style représentait une nouveauté et une sous-culture. C’était les débuts des visages du Net, des selfies retravaillés, des concours de photos, des plates-formes telles que Cyworld.

Aujourd’hui, cette tendance s’est diluée dans le flux des réseaux sociaux. Nous ne sommes plus face à une sous-culture, mais à un phénomène marketing international dont certains codes se retrouvent dans l’univers de la K-beauty, avec son lot de tutoriels, d’influenceurs et de publicités pour des interventions esthétiques.

La Corée du Sud reste parmi les pays comptant le plus grand nombre d’interventions esthétiques par habitant. Lisez à ce sujet l’article Pourquoi la chirurgie esthétique est-elle si populaire en Corée du Sud ?

Mais la quête au visage parfait s’accompagne aussi de questionnements. Des mouvements, comme #EscapeTheCorset, encouragent à remettre en cause ces diktats sociaux. Les débats autour de l’apparence, de l’expression individuelle et des normes sociales continuent d’évoluer. Un sujet que nous approfondirons prochainement dans un nouvel article.

L’histoire des ulzzangs raconte ainsi bien plus qu’une tendance beauté : elle témoigne de la manière dont Internet a transformé notre rapport à l’image, à la célébrité et au regard des autres.


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