Cinema

No Other Choice : un ballet amoral

Cadre dans une usine de papier, You Man-su est un homme heureux, il aime sa femme, ses enfants, ses chiens, sa maison. Lorsqu’il est licencié, sa vie bascule, il ne supporte pas l’idée de perdre son statut social et la vie qui va avec. Pour retrouver son bonheur perdu, il n’a aucun autre choix que d’éliminer tous ses concurrents…

Park Chan-wook. Rien que son nom donne envie de courir au cinéma. Avec No Other Choice, il s’attaque au monde du travail en mutation : qui a encore besoin du papier, et surtout, de tous ceux qui le fabriquent ?

Un employé modèle est licencié après vingt ans de service. Restructuration ou représailles d’avoir refusé de sacrifier des collègues ? Après la dépression et les petits boulots, une idée radicale s’impose : éliminer ses concurrents pour retrouver sa place. Que ferions-nous pas pour préserver notre statut social ? Le décor est posé. Le scénario va nous mener sur des chemins tortueux où l’humour n’est jamais très loin.

Bien éloigné des standards hollywoodiens qui ont parfois lissé la production sud-coréenne pour séduire un public international, Park Chan-wook retrouve ici une liberté de ton qui évoque ses chef-d’œuvres tels que Stoker et Old Boy.

Il déroute par son rythme lent au début : nous sommes loin d’un thriller d’action à l’américaine ou d’un polar coréen contemporain au rythme effréné. Ici, tout se construit par petites touches, comme un moteur diesel qui met du temps à chauffer avant de trouver sa pleine puissance.

Byung-hun Lee crève l’écran dans ce rôle de père de famille à la ramasse, et apprenti tueur au bord du désespoir. Il joue également avec son image lisse d’ancien mannequin à travers quelques clins d’œil ironiques. Mais disons-le tout net : TOUS les personnages crèvent l’écran.

L’apothéose reste la scène du premier assassinat : un moment burlesque et glaçant à la fois, où l’agresseur et l’agressé doivent dialoguer par-dessus la musique tonitruante de « Redpepper Dragonfly » de Cho Yong-pil. Ce dialogue de sourds, écrasé par le son, devient une métaphore du film lui-même : personne ne s’entend, chacun est enfermé dans son propre vacarme intérieur et tout le monde a ses raisons.

D’ailleur, la musique joue un rôle central. La partition originale est signée Jo Yeong-wook, compositeur historique de Park Chan-wook. L’éclectisme de la bande-son est fascinant. Entre musique classique, soul américaine et tubes coréens, le film compose une fresque sonore. La musique ne commente pas l’action : elle la contredit ou la sublime. Elle devient un personnage à part entière.

No Other Choice refuse tout jugement moral clair. Un film marquant au scénario ingénieux et à la réalisation Hitchcockienne qui continue de hanter longtemps après la projection.

Au générique de fin, petit hommage au réalisateur Costa-Gavras, qui avait déjà, en 2005, adapté le roman de Donald E. Westlake.

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