Il y a vingt ans, le cinéma coréen passait du statut de curiosité pour cinéphiles à celui d’incontournable du cinéma mondial. Après le Grand Prix obtenu pour Old Boy en 2004, Park Chan-wook devient aujourd’hui le premier Coréen à présider le jury cannois. Une consécration pour celui qui a largement contribué à l’essor du soft power sud-coréen.
En 2004 débarquait un ovni: Old Boy (올드보이). Film coup poing à tous les niveaux : déflagration esthétique, humour noir, séisme amoral et bande son oscillant entre tango, valse et techno. À l’époque, Quentin Tarantino, alors président du jury à Cannes, défend publiquement le film avec passion. À deux voix près, Old Boy aurait pu décrocher la Palme d’Or finalement attribuée à Michael Moore pour Fahrenheit 9/11.
Park Chan-wook racontera plus tard :
« Quand nous avons parlé, il (Quentin Tarantino) décrivait chaque plan du film . Il se souvenait de petits détails sur le cadrage ou le montage que j’avais oubliés. Il était tellement enthousiaste que j’avais l’impression qu’il parlait du travail de quelqu’un d’autre. Il m’a donné envie de voir mon propre film. » (ITW )
Vingt-deux ans plus tard, Park Chan-wook revient sur la Croisette, cette fois comme président du jury. Un événement historique pour ce réalisateur autodidacte, sans formation académique en cinéma, devenu l’un des habitués du Festival et de son palmarès : prix de la mise en scène pour Decision to Leave en 2022, Grand Prix pour Old Boy en 2004, Prix du Jury pour Thirst en 2009.
Mais qu’est-ce qui fascine autant dans ce cinéma ?
Après Old Boy, le cinéma coréen n’est plus un cinéma marginal, les productions coréennes sont dorénavant projetées au même titre que ses homologues occidentaux. Park Chan-wook devient l’un des symboles de la Hallyu (la vague culturelle coréenne) aux côtés de Bong Joon-ho, Palme d’or en 2019 pour Parasite.
Leurs points communs ? Ils imposent un univers identifiable : brutalité émotionnelle, violence stylisée, critique sociale et imprévisibilité narrative. Mais surtout des films uniques qui marquent les spectateurs.
À l’inverse de nombreuses productions hollywoodiennes souvent pensées comme une uniformisation mondiale des récits, le cinéma coréen a souvent assumé sa singularité culturelle. C’est précisément cette identité forte qui l’a rendu universel.
Pour les curieux
La Corée possède une particularité peu connue : les armes à feu sont interdites. Cette réalité influence directement le cinéma et les séries coréennes, où les affrontements se font à coups de poings et de lames plutôt que par balles. D’ailleurs la série Trigger (2025) aborde cette question des armes à feu prohibées dans le pays.
A l’origine, un manga japonais

Pour la petite histoire, Old boy est l’adaptation d’un manga écrit par Garon Tsuchiya, illustré par Nobuaki Minegishi et publié en 1997.
Le réalisateur donnera une autre dimension au personnage. D’abord en changeant son nom par Oh Dae-su (à traduire par d’avancer un jour à la fois »,) mais aussi en le transformant en un être pathétique et gérant mal son enfermement. Alors que la version manga est un homme froid et flegmatique.
Mais le point le plus important est que Goto n’est ni marié ni père de famille. Un détail qui a une importance cruciale pour la suite de l’histoire.
Remake américain sans intérêt

En 2013, un remake américain est mis en chantier et tourné par Spike Lee avec Elisabeth Olsen, Josh Brolin et Samuel L. Jackson.
Malgré ce casting prestigieux, cette adaptation échoue à retrouver la folie visuelle et la puissance émotionnelle de l’original coréen.
BTS rend hommage à Oldboy
Depuis deux décennies, la Corée du Sud a construit une stratégie culturelle d’une efficacité redoutable. Musique, cinéma, séries, mode, gastronomie, jeux vidéo : la “K-culture” s’est imposée comme l’une des industries culturelles les plus influentes du monde.
Le succès mondial de Parasite, Palme d’or 2019 à Cannes puis Oscar du meilleur film, a constitué un nouveau point de bascule historique après Old Boy. Pour la première fois, un film non anglophone remportait la récompense suprême. Dans le même temps, les séries coréennes conquéraient les plateformes mondiales avec Squid Game, tandis que la K-pop devenait un phénomène planétaire porté par des groupes comme BTS.
Quoi de plus naturel de retrouver BTS dans un clip hommage s’ouvrant sur le mythique plan-séquence du couloir de Old Boy ? Cette fois, le groupe délaisse le marteau du film pour le remplacer par des objets phares de la culture coréenne.
Cette référence cinématographique n’a rien d’anecdotique : elle illustre la manière dont la pop coréenne puise dans le prestige international du cinéma sud-coréen pour enrichir son propre récit. En reliant l’énergie mondiale de la K-pop à son héritage cinématographique, BTS participe ainsi à une stratégie d’influence culturelle où chaque succès renforce les autres, faisant de l’Hallyu un véritable écosystème.
La Corée du Sud a transformé sa culture populaire en puissance mondiale. Et Cannes, cette année, rend hommage à l’une de ses plus grandes figures artistiques : le réalisateur Park Chan-wook.
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